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Estce l'artiste qui le décide. Là, il reprend une oeuvre magistrale à sa façon. Il prend une simple carte postale qui représente la Joconde, il lui griffonne une moustache comme on griffone les magazines (il est irrespectueux) et il met une inscription en bas "L.H.O.O.Q" (comme "look" en anglais: "regardez") qui dissimule en fait une phrase vulgaire qu'il faut épeler pour la En1917, Marcel Duchamp expose un urinoir inversé qu’il intitule « Fontaine », une œuvre qui marquera la naissance de l’art contemporain. Et pour cause, c’était la première fois qu’un objet de la vie quotidienne était présenté comme une œuvre d’art. Lors d’une exposition à New York en 1917, il présente son simple urinoir qu'il appelle "The Fountain" et signe du Ya-t-il des artistes contemporains qui peuvent rivaliser avec ceux des années 70 et 80 ? Quel style musical aurait fait un scandale dans les années 60 ? Qu'est-ce qu'aurait dit Daniel Balavoine de l'époque actuelle ? Quelle est la plus belle chanson qui vous a fait pleurer ? Que pensez-vous de la relation entre Læticia Hallyday et Jalil Lespert ? Marko Savic. Années Ondoit l'urinoir, première œuvre conceptuelle, à Elsa von Freytag-Loringhoven. Marcel Duchamp l'a promptement effacée de l'histoire et n'a pas été le seul à usurper son talent. Celafait déjà plus d’un siècle que Marcel Duchamp a bousculé les codes et les usages de l’art avec son urinoir, et les générations successives d’artistes « contemporains » continuent de recycler le coup d’éclat, avec la Site De Rencontre Et Mariage Au Maroc. CULTURE - Le matin j'écoute France Culture. C'est intelligent, il n'y a pas de pub, on apprend des choses sur le monde. Récemment, Enki Bilal était l'invité de l'émission matinale. Sa superbe expo au Louvre réjouissait tout le monde. Quand soudain, au détour de la fin de l'émission, LA diatribe anti art contemporain. Comme une bouffée de haine trop longtemps contenue, un retour du refoulé et bim dans ta face! CULTURE - Le matin j'écoute France Culture. C'est intelligent, il n'y a pas de pub, on apprend des choses sur le monde. Récemment, Enki Bilal était l'invité de l'émission matinale. Sa superbe expo au Louvre réjouissait tout le monde. Tout cela ronronnait parfaitement dans ma salle de bain. La BD avait enfin son heure de gloire, la question ne se posait même plus Enki Bilal au Louvre on a dit, mais tout le monde était content d'y répondre. Quand soudain, au détour de la fin de l'émission, LA diatribe anti art contemporain. Comme une bouffée de haine trop longtemps contenue, un retour du refoulé et bim dans ta face! Et là...tout y est passé. L'opposition de l'artiste qui "sait" dessiner, de l'artiste figuratif, versus ceux qui exposent des "balais de chiottes". Le snobisme des prétendues élites, le marché de l'art, les fausses valeurs... Whaou... Bon. Ok. En même temps, c'est bien. Ça réveille. Ça permet de se dire que "ouf, tout n'est pas gagné". Que non, ce n'est pas parce que Yayoi Kusama fait des sacs pour Louis Vuitton que tout le monde aime l'art contemporain. Ca donne envie d'essayer de faire le point. Yayoi Kusama.. le point ... ohhh allez... Yayoi Kusama Art contemporain donc. Deux choses. L'art d'abord. Ne riez pas, c'est compliqué de savoir ce que c'est. Personnellement, je suis assez d'accord avec l'idée que l'art est un élément qui permet à un ensemble de gens d'accrocher sa pensée sur le monde et ses évolutions. De se tricoter un rapport avec ce qui est en train d'advenir, entre réel et invisible. Une oeuvre d'art est un objet sensible peinture, sculpture, musique, installation, vidéo... qui fait bouger votre pensée et évoluer votre regard sur le monde. A ne pas confondre avec la question de la "beauté" que l'on voudrait "universelle et sans concept" avec Kant. Un autre sujet. Contemporain ensuite. Et là, ça se complique encore, bien entendu. Parce que contemporain, ça veut dire ce qui se passe en ce moment, ce qui est actuel, nouveau. Et ce sur quoi nous n'avons donc "pas de recul". Le monde étant nouveau, nous avons besoin de formes inédites pour en exprimer l'essence. On peut toujours essayer de parler d'Internet en latin, mais bon, c'est plus efficace avec les mots nouveaux qui en désignent les spécificités. Rafael Rozendaal - The creators' project - Le nouveau vocabulaire de l'art numérique Donc avec l'art contemporain, il est question de la lecture sensible, selon des modes inédits, d'un monde en plein mouvement sur lequel nous n'avons aucun recul. On peut aussi essayer de faire ça en levant une jambe, si on trouve cela trop facile. Alors, de quoi l'art contemporain est-il le "non"? Et bien en tout cas, on peut constater que ça a toujours énervé les gens... Surtout depuis qu'en 1913 Marcel Duchamp a exposé une roue de bicyclette puis un urinoir et un porte bouteille dans des musées Centenaire cette année. Célébrations en vue. Mais, avant également... Caravage le summum de la vulgarité pour la moitié de ses contemporains, une star pour les autres. Ah la saleté des pieds de Saint Matthieu, scandale! Pire que Koons et les frères Chapman réunis. Michel-Ange a choqué toute la chrétienté sauf Jules II, son commanditaire avec ses fresques frasques dans la chapelle Sixtine. Et dès qu'il est mort, vite, vite, on a demandé à un de ses élèves de rhabiller un peu toutes ces indécences. N'empêche, l'objet du délit était intéressant... Adam et Eve - Michel Ange - chapelle Sixtine - Michel Ange évoque les divers plaisirs du Paradis au dessus de la tête de la papauté. Titien, Véronèse, destruction des oeuvres évitée de justesse! Goya menacé par le retour de la Sainte Inquisition! Millet, Manet, Courbet, Géricault... cloués au pilori! Et bien sûr les Impressionnistes ainsi baptisés par un critique contemporain qui souhaitait humilier Monnet et son "impression Soleil Levant". Art et contemporanéité, c'est compliqué... Parce que c'est la question des avants-gardes. Et si aujourd'hui nous nous pâmons devant un Caravage ou un Léonard de Vinci, c'est d'abord que notre oeil a été élevé dans une esthétique digérée par les siècles. Qu'ensuite nous ne savons plus lire leur subversion. Et qu'enfin notre position a posteriori, nous permet de lire leur monde bien plus facilement que si nous en avions été les contemporains. Alors oui, la question des avants-gardes artistiques est d'autant plus compliquée en ce moment que le marché s'emballe. On a vu le prix de certaines oeuvres multiplié par 1000 en trois ou quatre ans. On parle de la cote d'un artiste comme de celle d'un cheval, les publicitaires Saatchi, vendeurs d'immobilier Gagosian, ex traders Koons, grands patrons français Pinault aristos british Jay Jopling, tycoon russes Daria Zhukova ou chinoises Pearl Lam se sont emparés du sujet et le troublent encore d'avantage. Mais justement, dans ce monde ultra matérialiste, marqué par l'obsolescence programmée, le consumérisme à tout crin, l'impermanence, la destruction de la nature, pourquoi n'aurais-je justement pas le droit d'être émue par le frémissement ténu d'un papillon sur la dernière feuille d'un rouleau de papier hygiénique qui flotte au vent? De quel droit voudriez-vous, cher Brice Couturier, m'empêcher de ressentir autant, si ce n'est plus, d'émotion devant cette chose minuscule, fragile et dérisoire -totalement conceptuelle- que devant une planche d'Enki Bilal? Ainsi qu'en témoigne le film palme d'or de Cannes, l'expression art contemporain» suscite généralement des réflexions négatives on vous parle de Piss Christ, un crucifix immergé dans l'urine et le sang Andres Serrano, 1987, de Cloaca, la machine à caca Wil Delvoye, 2000, du doigt d'honneur en marbre de 11 mètres de haut intitulé Maurizio Cattelan, 2010 ou encore des photos pornos» de Jeff Koons et sa femme la Cicciolina 2008. L'énumération s'accompagne parfois d'une réflexion ironique sur cette manie des artistes à vouloir concurrencer Duchamp, mais en vain lorsque, en 1917, Marcel Duchamp achète un urinoir pour en faire un oeuvre d'art, qu'il signe au pinceau du nom de R. Mutt» et qu'il nomme Fontaine, il place d'emblée la barre très haut… Le chiotte chef d'oeuvre de l'art est un oxymoron», explique Alain Boton. Autrement dit quelque chose d'aussi absurde qu'une obscure clarté». Auteur de Marcel Duchamp par lui-même ou presque, Alain Boton signe dans le dernier numéro de la Revue du Mauss Religion, le retour ?, un article éclairant sur ce qu'est l'art contemporain au regard des religions. Intitulé L'Eros mimétique mis à nu par ses célibataires mêmes, cet article présente la grande vertu de n'être ni pour ni contre l'art contemporain, mais au-dessus de la mêlée, à une hauteur telle qu'on se sent brusquement beaucoup plus intelligent. Ca fait du l’urinoir de Duchamp symbolise-t-il l’art contemporain ? Partant du principe que ce qu'il appelle l'art moderne-contemporain commence vers 1850, Alain Boton entame ainsi son raisonnement Il est un motif qui façonne directement ou indirectement une grande partie des objets culturels que les modernes ont créé depuis 1850 à nos jours. C'est le motif refusé par les uns donc réhabilité par les autres. Il est le moteur de l'art dit d'avant-garde.» Pour Alain Boton, il est significatif que les oeuvres d'art, à partir du XIXe siècle, soient d'autant plus célèbres qu'elles ont été conspuées au début. Leur destin, d'une certaine manière, se rapproche de celui des martyrs sacrifiés par les uns, sacralisés par les autres. Ce mécanisme s'enclenche au XIXe siècle. Mais le premier artiste à en prendre conscience c'est Duchamp. Aux prémisses de sa découverte, il y a un scandale. En 1912, Marcel Duchamp se fait refuser un tableau au Salon des indépendants. L'année suivante, ce même tableau est exposé à New York lors de l'Armory Show, un événement mythique puisqu'il se donne pour but de faire connaître les avant-gardes européennes aux Etats-unis. L'exposition va de Corot à Picabia, en passant par Courbet, Gauguin, Munch ou Picasso, soit plus de mille oeuvres hautement séditieuses, parmi lesquelles celle de Duchamp suscite les réactions de rejet les plus stupeur et horripilementPhilippe Dagen raconte L'ex-président Theodore Roosevelt déclare sa désapprobation. La presse dénonce une opération au mieux immorale, au pire anarchiste - accusation sérieuse dans le contexte de l'époque. Ces articles font venir à l'Armory Show près de 300 000 visiteurs, dans une ambiance énervée. Parmi les œuvres qui cristallisent la colère, la palme revient au Nu descendant l'escalier n° 2, de Marcel Duchamp, qui avait été déjà écarté du Salon des indépendants de Paris l'année précédente. Pour le décrire, on parle d'une explosion dans une fabrique de tuiles» et les caricaturistes ne sont pas en reste.» Le scandale, cependant, fait la gloire de Duchamp à sa très grande surprise, le voilà invité à des cocktails mondains, prétextes pour l'élite new-yorkaise de se démarquer de la foule outragée des culs-terreux. Duchamp, alors, découvre ou croit découvrir dans l'art moderne tel qu'il s'est développé depuis le milieu du XIXe siècle une constante. Une constante qui lui semble si déterminante qu'il le nommera la loi de la pesanteur.» Cette loi peut être résumée ainsi Pour qu'un objet créé par un artiste devienne un chef-d'œuvre de l'art, il faut qu'il soit d'abord refusé par une majorité scandalisée de telle sorte qu'une minorité agissante puisse trouver un gain en termes d'amour-propre à réhabiliter l'artiste et son œuvre et ainsi se différencier des autres»».[ ]Quoi de plus contradictoire avec la notion de chef d’oeuvre qu’un… ? Pour vérifier la justesse de cette loi, Marcel Duchamp décide de la mettre à l'épreuve du réel. Le principe est le suivant n'importe quel objet peut devenir un chef d'oeuvre de l'art» s'il commence sa carrière par un refus ostensible. Marcel Duchamp choisit donc un objet totalement inadéquat pour devenir un chef d'oeuvre de l'art. Un urinoir», explique Alain Boton. Après quoi, Marcel Duchamp attend l'occasion de présenter cet urinoir dans les bonnes conditions, c'est-à-dire de telle sorte que son urinoir soit refusé. L'occasion se présentera en 1917 à New York lors d'une grande exposition appelé The Big Show.» Son urinoir, comme il s'y attendait, est refusé. La presse fait écho à l'affaire. S'agit-il d'un canular ? D'une mauvaise plaisanterie ? Ou d'une révolution de l'art ? Plusieurs décennies passent. L'urinoir qui, entre-temps a disparu et dont Duchamp fournit plusieurs répliques certifiées» devient l'oeuvre la plus controversée de l'art du XX siècle» Wikipedia. Lors de son inauguration sous les huées, en février 1977, le centre Pompidou présente une grande rétrospective Marcel Duchamp dont l'urinoir occupe la part centrale. L'art moderne et contemporain devient alors le champ par excellence de la guerre du bon goût. Chacun y va de son argument. Duchamp triomphe. Il avait donc raison !?L’expérience n’est concluante que si les intentions sont cachées aux cobayesPour Alain Boton, il est vital de comprendre que Duchamp n'est pas un artiste mais un chercheur en sciences humaines. Ses créations» ne sont pas des oeuvres, mais des expériences. Avec l'urinoir, Duchamp veut vérifier une théorie sur le fonctionnement de la société occidentale contemporaine. Pour bien montrer que c'est dans une véritable expérience qu'il se lance et pas dans une provocation, il va se tenir au plus près de la méthode de la science expérimentale qui commence toujours par la mise au point d'un protocole 1, le problème étant pour lui de garder ce protocole secret. En effet s'il venait à être connu, les comportements des milliers d'intervenants seraient définitivement biaisés et l'expérience annu­lée. Pour autant, il faut qu'en fin de parcours ce protocole apparaisse de telle sorte qu'on prenne acte de cette expérience et de son résul­tat.» Son protocole doit rester secret pour ne pas fausser l'expérience. En même temps, il doit être lisible à la fin de l'expérience, c'est-à-dire une fois l'urinoir devenu chef d'oeuvre de l'art. Pour concilier ces deux paramètres – cacher à ses contemporains et dévoiler la découverte aux générations futures–il créera La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, qu'on nomme aussi Le Grand Verre. Ce tableau, associé aux notes qui le décrivent, plus d'une centaine de pages, est le schémas fonctionnel du monde de l'art il décrit par quels mécanismes psychologiques et sociologiques une pissotière accède à la postérité.»Marcel Duchamp aurait codé» son protocole dans Le Grand VerreFier d'être celui qui, le premier, a découvert le pot aux roses, Alain Boton affirme qu'il a totalement décrypté La mariée mise à nu. La mariée, c'est notre société, dit-il, dont le moteur est le désir d'être unique. Dans notre société, dominée par l'impératif d'originalité et d'innovation, les individus sont tenus de se démarquer et pour cela tous les moyens sont bons afficher une sexualité différente», par exemple. Se distinguer par les vêtements. Ou prétendre qu'on aime ce que les autres trouvent vulgaire. Ainsi si aujourd'hui encore il est courant de penser que le désir d'innovation des artistes est la cause motrice de l'évolution de l'art moderne, et si les scandales sont considérés comme des consé­quences inévitables dues au conformisme de la masse, Duchamp par son expérience montre que c'est l'inverse le refus scandalisé par les uns qui conditionne la réhabilitation par les autres est la cause de cette évolution et l'innovation la conséquence.» Pour le dire plus clairement les objets d'art n'ont aucune valeur intrinsèque. Leur valeur dérive de leur capacité à susciter un débat. Ce sont des objets prétexte à disputes. L'art, dans ce contexte de compétition, n'est qu'un espace de lutte identitaire où chacun se positionne par rapport à l'autre. Notamment par l'indignation.» Certains s'indignent que Versailles accueille une exposition de Murakami. D'autres s'indignent que Murakami soit calomnié. L'oeuvre de Murakami n'est que le miroir où se mirent les uns et les et des couleurs Be yourself, express yourself, etcLe processus d'art moderne a pour principale fonction, pour ne pas dire pour seule fonction, de nous permettre de mettre en action nos jugements de goût afin de nous différencier.» Que les jugements ou l'oeuvre soient intéressants ne change rien à l'affaire. L'art n'est qu'un terrain de bataille discursif, chacun s'employant à défendre une oeuvre qui, en miroir, lui renvoie de lui-même une image valorisante celle d'un être qui se distingue des autres. Voilà pourquoi les oeuvres d'art ont tout intérêt à faire scandale. Mais, même aujourd'hui alors que le rôle dynamique du scandale dans l'art avant-gardiste est connu et reconnu», on continue de croire qu'il faut défendre des artistes parce qu'ils sont lapidés» par l'opinion publique ou bannis» par leur gouvernement. Alors qu'en réalité, ces oeuvres sont juste des éléments constitutifs de notre identité, identité que nous construisons en les défendant ou en les attaquant… Bien que l'enjeu de ces débats ne soient ni les oeuvres, ni les artistes, mais tout simplement notre amour-propre, il serait cependant inadéquat de s'en moquer. Duchamp lui-même n'avait probablement pas d'autre but que dévoiler la mécanique de notre système social lorsqu'il a créé» l'urinoir. Le résultat de son expérience, bien sûr, est vexant. Nous, les modernes, nous sommes donc capables par amour-propre de contempler un urinoir au Musée ?Le processus logique de l’art une machine qui tourne à videDès 1913, à peine âgé de 26 ans, Marcel Duchamp avait déjà prévu deux choses concernant notre société. Premièrement qu'elle canoniserait un urinoir comme les chrétiens ont divinisé un SDF. Deuxièmement, que cette logique exponentielle basée sur le désir de différenciation amènerait fatalement notre société à la crise que nous traversons en matière d'art, mais aussi de pensée et de croyance. A quoi bon s'illusionner ? Ainsi que l'explique Alain Boton, en termes drôlatiques, Marcel Duchamp a vu avant les autres que le processus mécanique de rupture ne pouvait qu'amener une crise prévisible. Dans une démarche très socratique ou très aïkido, il n'aura fait que canaliser ce processus vers une aberration visible, un chiotte au firmament de l'art d'une époque.» En 1992, Nathalie Heinich, avait déjà –dans La Gloire de Van Gogh, Essai d'anthropologie de l'admiration– postulé que l'objet d'art n'était qu'un moyen de se démarquer des autres. En 1998, Pierre Bourdieu l'avait à son tour noté dans Les Règles de l'art les oeuvres sont des prétextes qui nous permettent de nous livrer à la seule activité qui nous motive vraiment, la seule activité qui sous-tend toute l'agitation du monde moderne, à savoir la recherche individuelle d'une identité différenciée. Et maintenant ? Nous sommes, en 2017, toujours accros à cette forme d'addiction qu'est le fait de prendre parti pour/contre une oeuvre. La présence dans l'oeuvre d'urine ou de sperme donne, semble-t-il, au jeu plus d' contemporain et l’illusion narcissiqueL'expérience de Duchamp démontre les capacités extraordinairement hallucinogènes de l'amour-propre dans le jugement de goût, capable de remplir un urinoir de toutes sortes de qualités, toutes plus raffinées les unes que les autres». Il serait peut-être temps d'ouvrir les yeux… Si l'oeuvre de Duchamp a quelque chose à nous apprendre, maintenant, c'est d'en finir avec les faux débats et prendre un peu de hauteur par rapport à ce qui motive nos indignations»… J'insiste sur le fait que c'est uniquement en situant les intentions de Duchamp au niveau spirituel élevé qu'est l'ironie socratique qu'on peut tirer bénéfice de son expérimentation, conclue Alain Boton lors d'une conférence en ligne ici. L'ironisme d'affirmation comme Duchamp appelait sa méthode n'a pas pour but la dénonciation du snobisme des autres, mais de permettre à l'homme moderne de se comprendre lui-même.» Autrement dit regardez-vous dans l'urinoir. Que voyez-vous ? Et si c'était le désir éperdu d'être comme lui, un objet manufacturé mais unique ?.A LIRE L'Eros mimétique mis à nu par ses célibataires mêmes, d'Alain Boton, dans Revue du MAUSS, n° 49, Religion. Le retour ? Entre violence, marché et politique », dirigé par Alain Caillé, Philippe Chanial et François Gauthier, 2017, Paris, La LIRE AUSSI Marcel Duchamp par lui-même ou presque, d'Alain Boton, Editions Fage, de la futilité, d'Alain Boton, Journal des anthropologues, Duchamp, artiste ou anthropologue ?, d'Alain Boton, dans Revue du MAUSS, Règles de l'art, de Pierre Bourdieu Paris, Seuil, coll. Sciences humaines, Gloire de Van Gogh, Essai d'anthropologie de l'admiration, de Nathalie Heinich, Paris, Minuit, 1 Protocole étant donnés ceci-cela, si je fais ci et ça, il devra se passer et ça». Si la prédiction se révèle exacte cela valide la Philip Colbert with Marcel Duchamp asamuse . Marcel Duchamp, Fountain, 1917, porcelain. Philip Colbert for The Rodnik Band. 403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. If you provide content to customers through CloudFront, you can find steps to troubleshoot and help prevent this error by reviewing the CloudFront documentation. Generated by cloudfront CloudFront Request ID qpMMKHpq0J1MakQWAU1tUzx2HeUBiLbNapB1zGcF7yqd-JbNSNbcKQ== Savez-vous que Marcel Duchamp avait d’abord fait scandale avec une peinture avant d’entrer dans l’histoire de l’art avec son urinoir Fontaine » et ses autres readymades, ces objets déjà faits ? La peinture figure au centre d’une exposition au Centre Pompidou de Paris qui revisite cette époque trop souvent négligée, voire oubliée, d’un révolutionnaire de l’art. Entretien avec Cécile Debray, commissaire de l’exposition Marcel Duchamp, la peinture même » qui réunit pour la première fois une centaine d’œuvres peintes et dessinées de l’artiste. RFI Est-ce que le regard sur les readymades de Marcel Duchamp 1887-1968 est devenu tellement ringard qu’on s’occupe maintenant de ses peintures ?Cécile Debray [Rires] Je ne dirais pas çà comme ça. Je dirais plutôt que c’est une vision de Marcel Duchamp qui est souvent très simplifiée, presque caricaturale. Donc il était important d’évoquer la question de la peinture, non pas pour réhabiliter Marcel Duchamp comme un peintre, mais plutôt pour comprendre la complexité de sa pensée et la manière dont il a élaboré, dans ces années-là, sa grande œuvre Le Grand Verre [son dernier tableau », réalisé entre 1915 et 1923, ndlr].Dès le début, on est troublé il y a des maîtres comme Cranach, Ingres, Böcklin, Courbet, Manet et Matisse, mais aussi des nus de Duchamp, une véritable obsession érotique liée à la question du regard. Est-ce que l’érotisme était à l’origine du désir de peindre chez Duchamp ?Disons que l’équation entre érotisme et peinture est assez tentante surtout chez Marcel Duchamp. Mais je ne l’invente pas. Si on regarde cette question chez Manet qui est sans doute le premier peintre moderne et qui a posé très tôt cette question du regardeur qui intéressait beaucoup Marcel Duchamp, on a vraiment la question de l’obscénité de ce qui peut être montré par la peinture. A mon avis, cela a été un des moteurs pour Duchamp dans son questionnement sur l’ présentez des tableaux de beaucoup de peintres qui ont influencé Marcel Duchamp, mais pour lui, le véritable point de départ était Odilon Redon dont vous montrez L’Homme parce que Duchamp aimait énormément Redon avec qui il avait beaucoup de points communs. Par exemple, Redon est un artiste qui s’est beaucoup intéressé à la biologie et qui a transcrit des imageries scientifiques dans un autre registre. Quand il dit ce n’est pas Cézanne qui m’intéressait, mais Redon », c’est une manière de dire qu’il était déjà original dans ses 1911, tous ses contemporains, tous les jeunes artistes de son âge regardaient vers le cubisme, le mouvement de l’avant-garde de l’époque. Mais lui, à rebours des autres, va regarder vers le symbolisme, un mouvement déjà démodé en 1910. Pourquoi le symbolisme ? C’est là où Duchamp a trouvé la définition de l’art qu’il souhaitait un art intelligent, un art de l’idée. Aujourd’hui, quand on en a fait le père de l’art conceptuel, c’est curieux pour nous de voir qu’il a défini la peinture non-rétinienne » en regardant Arnold Böcklin, mais c’est comme ça !Votre regard sur la peinture, même » occupe la grande majorité des salles de l’exposition au Centre Pompidou, mais qu’est-ce qu’on est rassuré quand on découvre enfin un readymade comme la Roue de bicyclette », le Porte-bouteille » et autres... Pour vous, la peinture de Marcel Duchamp a-t-elle la même importance pour l’histoire de l’art que ses readymades ?C’est difficile de répondre. Ce qui est important dans la peinture de Duchamp, c’est plutôt le cheminement qu’il fait à travers la peinture. Donc il est plus intéressant d’examiner l’ensemble des peintures dans leur progression chronologique et dans leur lien avec les références. Des références qui deviennent de plus en plus extérieures à la peinture puisqu’il va regarder du côté du cinéma, des livres, des objets techniques…Il n’est pas Matisse et il le savait. Mais pourtant, jusqu’à la fin de sa vie, il a toujours souhaité que ses peintures soient réunies dans un même lieu autour du Grand Verre. C’était bien la raison pour laquelle Duchamp souhaitait finalement montrer que Le Grand Verre est issu d’une réflexion approfondie sur la question de la peinture, sur ses limites, peut-être sur son obsolescence à cette époque, mais il a toujours souhaité qu’on conserve cette cohérence autour du Grand avoir fait scandale avec sa peinture Nu descendant un escalier, refusée au Salon des Indépendants, mais acclamée quelques mois plus tard à New York, Duchamp décide en mai 1913 de ne plus être artiste. Est-ce que c’était une décision pour se détacher de la peinture et pour arriver aux readymades ?Il y a deux choses il y a en effet sa volonté de rompre avec le statut social d’artiste qui est quand même assez étonnante de la part de Duchamp, parce qu’il y va exprimer un rejet pour les milieux d’artistes. Ensuite, il y a la question du readymade. J’essaie de montrer dans l’exposition que ce n’est pas forcément un geste de négation de la peinture. Il y a beaucoup plus une dialectique entre la peinture et les readymades puisque, au moment où il crée ses premiers readymades, c’est le moment où il assèche sa peinture, où elle devient de plus en plus impersonnelle. Duchamp va alors investir dans le readymade sa force poétique et sa force subjective en choisissant lui-même un objet et on y apposant une inscription. Il insiste beaucoup sur cette nécessité d’inscrire un mot ou un titre qui va finalement rendre ce geste Duchamp, c’est un lecteur impulsif, c’est un artiste qui aime son père, c’est un homme doté d’humour. Qu’est-ce qu’on découvre sur la personne et le caractère de Marcel Duchamp à travers sa peinture ?Ce qu’on doit sentir, c’est à la fois ses doutes et ses réponses qui sont toujours sur le fil du rasoir. Ce n’est jamais quelqu’un qui va assener une réponse franche et claire. Il va toujours osciller entre le rejet et en même temps le surinvestissement romantique. C’est pour cela que l’ironie ou l’humour sont très importants chez Duchamp, parce que c’est toujours une mise à distance critique qui lui permet toujours d’avoir cette position extrêmement subtile. On a tendance à oublier cette subtilité, mais la postérité Duchamp repose sur cette le readymade de la Joconde retravaillée de 1919 est à l’affiche de l’exposition. Un collage sur le même motif, L’envers de la peinture 1955, se trouve à la fin du parcours. Pour vous, Marcel Duchamp est-ce le Léonard de Vinci du 20e siècle ?Beaucoup l’ont dit. Il y a des analogies assez troublantes. C’est vrai, Léonard de Vinci a laissé beaucoup d’œuvres inachevées, a peu produit, a multiplié ses annotations et ses recherches dans des domaines très différents. Oui, c’est une analogie qu’on pourrait faire. MARCEL DUCHAMP Le Roi et la reine entourés de nus vites, 1912, huile sur toile, 146 x 89 cm Philadelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg Collection, 1950 succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014 ___________________________________Marcel Duchamp. La peinture, même. Exposition au Centre Pompidou-Paris, jusqu’au 5 janvier 2015. Il y a bien une photo qui circule dans L’aveugle », en anglais The blind man », le fanzine satirique de Marcel Duchamp et sa bande, mais j’ai décidé d’aller le voir en vrai. Je parle de l’urinoir, la pissotière, la fontaine » qui fait scandale et qui est exposée à la galerie Alfred Stieglitz au 291 Fifth avenue. Stieglitz c’est celui qui a fait connaître Picasso, Matisse et Cézanne à New York. Il s’est récemment lancé dans la photo, mais c’est chez lui que Duchamp et ses amis ont décidé de faire trôner cette œuvre jugée immorale et vulgaire »… Cet urinoir à l’envers c’est un peu l’exemplaire unique de ce qui pourrait constituer le salon des refusés » de la première exposition de la Société des artistes indépendants de New York. Avec Roxana Azimi, journaliste et critique d’art, auteure du Guide de l’art contemporain chez Hazan. Ce que l’on peut dire un siècle plus tard c’est que le canular de Duchamp continue de faire des victimes qui s’ignorent…

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